Larronde et Mallarmé

  1. Présentation par Grok
    1. 1. Admiration explicite et presque obsessionnelle
    2. 2. Le cimetière de Samoreau : lien physique et symbolique
    3. 3. Parenté stylistique et poétique
    4. 4. Contexte et entourage
    5. En résumé
  2. Extraits précis de poèmes d’Olivier Larronde illustrant l’héritage mallarméen
    1. De Les Barricades mystérieuses (1946)
    2. De Rien voilà l’ordre (1959)
      1. Extrait de « Tu es mon auréole absente » (dans la section Quatre à quatre)
      2. Extrait plus développé de « Tout va » (Ma bouche…) – un des passages les plus mallarméens par sa syntaxe inversée, ses cristaux, le silence armé, le gel des perles :
    3. Extrait de « L’arbre à lettres » (section Poèmes, Menu ou la quinte)
      1. Extrait de « Le phénix et le ramier »
    4. En résumé
  3. Voir aussi

Présentation par Grok

Les liens entre Olivier Larronde (1927-1965) et Stéphane Mallarmé (1842-1898) sont essentiellement ceux d’une admiration profonde, d’une filiation poétique revendiquée et symbolisée de manière très concrète par le choix du lieu d’inhumation.

Larronde, poète français né à La Ciotat, figure marquante (quoique discrète et tragique) de l’après-guerre, est souvent présenté comme un héritier tardif et très conscient de la lignée mallarméenne. Il meurt prématurément à 38 ans en 1965 (crise d’épilepsie, solitude, misère), après avoir publié peu : principalement Les Barricades mystérieuses (1946, préfacé par Jean Genet), Rien voilà l’ordre (anagramme de son nom, 1951) et L’Arbre à lettres.

1. Admiration explicite et presque obsessionnelle

Larronde admirait Mallarmé par-dessus tout. Plusieurs sources biographiques et critiques le répètent : Il le considérait comme son poète suprême (au même titre que Baudelaire, Rimbaud, parfois Scève ou Nerval).

Cette admiration n’était pas seulement intellectuelle : elle était existentielle et presque mystique.

À sa mort, ses proches (dont Jean-Pierre Lacloche, son compagnon et « muse ») ont exaucé son vœu le plus cher : être enterré auprès de Mallarmé.

2. Le cimetière de Samoreau : lien physique et symbolique

Le tombeau d’Olivier Larronde se trouve au cimetière de Samoreau (Seine-et-Marne), immédiatement à côté de celui de Stéphane Mallarmé (mort à Valvins en 1898).

Cette proximité n’est pas fortuite : c’est un choix délibéré et testamentaire de Larronde lui-même.

Il repose donc à quelques mètres de la tombe du Maître qu’il vénérait, dans ce petit cimetière au bord de la Seine, non loin de l’ancienne maison de Mallarmé à Valvins/Samoreau. Ce geste est souvent commenté comme un des plus beaux hommages posthumes d’un poète à un autre dans la littérature française du XXe siècle.

3. Parenté stylistique et poétique

La critique rapproche souvent Larronde de Mallarmé sur plusieurs points :

Recherche de la densité et de l’hermétisme : une poésie très travaillée, où chaque mot est pesé, où le blanc et le silence comptent autant que les mots (héritage direct du Mallarmé de Un coup de dés ou des sonnets tardifs).

Goût pour la syntaxe inversée, la dislocation, l’ambiguïté : Larronde pratique une langue très élaborée, parfois baroque-mallarméenne.

Mélange de registres : on note chez lui des visions qui croisent le ton baroque, des éclats surréalistes et une musique mallarméenne (exemple relevé par la critique : « le ton Larronde » mêle visions mallarméennes et baroques).

Poésie de la négation et de l’absolu : Larronde, comme Mallarmé, cherche souvent à dire l’indicible, à approcher le « Rien » ou l’Idée pure.

Certains commentateurs (dont dans Histoires littéraires ou des articles académiques) se demandent explicitement :

« Larronde, plus nettement que beaucoup, est un héritier de Mallarmé ? »

Jean Genet lui-même, dans sa préface aux Barricades mystérieuses, le rapproche explicitement de Baudelaire et de Mallarmé en disant qu’il a « son ton de voix » propre, mais dans la grande lignée.

4. Contexte et entourage

Larronde appartient à une génération (après-guerre) qui redécouvre Mallarmé non plus comme le « chef du symbolisme » poussiéreux, mais comme le grand révolutionnaire du langage moderne (influence sur les avant-gardes, sur les lettristes, sur certains poètes de la modernité tardive).

Il fréquente Cocteau, Genet, Picasso, Leiris, Queneau… mais son panthéon intime reste dominé par Mallarmé.

En résumé

Les liens entre Larronde et Mallarmé sont :

  • spirituels : admiration presque religieuse,
  • esthétiques : filiation stylistique très marquée (densité, hermétisme, musicalité, négation),
  • matériels et symboliques : Larronde a choisi d’être enterré à côté de lui, ce qui constitue l’un des gestes les plus forts de la poésie française du XXe siècle.

C’est une relation à sens unique (Mallarmé ne pouvait pas connaître Larronde), mais d’une intensité rare : celle du disciple qui veut reposer éternellement dans l’ombre du Maître.

Si tu souhaites des extraits précis de poèmes de Larronde montrant l’influence mallarméenne, ou des précisions sur tel ou tel aspect, dis-le-moi !

Extraits précis de poèmes d’Olivier Larronde illustrant l’héritage mallarméen

Voici une sélection d’extraits précis de poèmes d’Olivier Larronde, tirés principalement de ses recueils les plus représentatifs : Les Barricades mystérieuses (1946) et Rien voilà l’ordre (1959, anagramme de son nom, illustré par Giacometti). Ces passages illustrent particulièrement l’héritage mallarméen : densité syntaxique, hermétisme, musicalité, jeu sur le vide/le néant, images cristallines ou gelées, syntaxe inversée et recherche d’une pureté absolue du langage.

De Les Barricades mystérieuses (1946)

Un extrait souvent cité pour son mélange baroque-mallarméen-surréaliste (visions de gel, d’oiseau, de cœur brisé, avec une syntaxe disloquée et des images condensées) :

Neiges de deux hivers ne se reconnaîtraient
Ni vous ne figerez les plis de mon eau froide,
Gel du poème, ou son fouillis ne ferez roide.
— Plus que de l’épervier les demeures m’effraient,
Quand l’aurore me donne à sa serre féline,
Plus l’indiscret oiseau dont je suis la volière :
Mésange — cœur de fraise — aux tortures encline
Qui me met en morceaux comme on casse les œufs.

Cet extrait évoque le « gel » du langage (proche du Mallarmé des sonnets tardifs ou de Un coup de dés, où le blanc et le silence figent la pensée), avec une musicalité âpre et des images de fragmentation.

Un autre fragment plus court, sur la vitre et le mur (thème de la transparence brisée, du reflet, cher à Mallarmé) :

Casse comme une vitre et j’ai plusieurs cadavres.
On me recueille, on me recolle, et on se lasse :
Je couche avec un coin de mur que mon air navre.

De Rien voilà l’ordre (1959)

Ce recueil accentue l’hermétisme et la quête du « Rien » (écho direct au Mallarmé de « Rien n’aura eu lieu que le lieu » ou du néant absolu).

Extrait de « Tu es mon auréole absente » (dans la section Quatre à quatre)

Tu es mon auréole absente
Mon armure enflammée, si je me désaltère,
A ce fleuve d’absence il irrigue ma terre
D’angoisse _ où je me vois comme un dragon sans feu
Sans arme, sans éclat, mais reposant ses yeux.

(Suite souvent citée pour son absence mystique.)

Extrait plus développé de « Tout va » (Ma bouche…) – un des passages les plus mallarméens par sa syntaxe inversée, ses cristaux, le silence armé, le gel des perles :

Ma bouche est-ce trahir le silence des voiles
Que donner forme au souffle à la mort nous poussant
Comme, battant des nuits, ma paupière en sa toile
Livre un trésor de gel en perles de néant ?

Non : tout s’est asservi dans l’ouvrage du gel
Exerce dans l’éclat de la perle profonde
Tu parles diaphane en armant sur l’autel
Du vide les cristaux de neige où il se fonde.

Sur les degrés de l’air à mes noces de mante
La somptueuse fange a trempé tes vigueurs
Forgeron ! C’est nommer cette mort qui l’aimante
D’arracher un silence au Cancer de mon cœur.

Mes souffles m’enfleront, enchaînés, jusqu’au port
Où poignant en éclats toute une aube acérée,
Le torrent de ton bras où se lave la mort
Meurtrir l’ombre de chair de mon ombre atterrée.

Ici, on retrouve :

  • Le silence des voiles (Mallarmé parle souvent de voiles, d’azur, de transparence).
  • Les perles de néant, cristaux de neige, gel (images de pureté cristalline et de néant mallarméen).
  • Syntaxe complexe, inversions, musicalité dense.

Extrait de « L’arbre à lettres » (section Poèmes, Menu ou la quinte)

L’essence triste
Consommera ton cœur
Et la flamme si bleue
Se nourrit des vapeurs
Pour ta mort.

Court, lapidaire, presque incantatoire – proche des sonnets en prose ou des tombeaux de Mallarmé.

Extrait de « Le phénix et le ramier »

Tant s’aimaient que leur double amour
Était le Un dans son essence ;
Deux distincts, nulle division :
Le nombre s’éteint dans l’amour.

Ce thème de l’abolition du nombre dans l’Un absolu résonne avec la quête mallarméenne de l’Idée pure.

En résumé

Ces extraits montrent comment Larronde prolonge Mallarmé dans une poésie post-surréaliste : hermétisme volontaire, effacement du sujet au profit du langage pur, obsession du vide/absence, syntaxe qui « fait » le poème autant que le sens.

Si vous souhaitez approfondir un poème spécifique ou comparer directement avec un texte de Mallarmé (ex. « Ses purs ongles… » ou « Un coup de dés »), n’hésitez pas !

Voir aussi