George Sand en forĂŞt de Fontainebleau

George Sand, lanceuse d’alerte Ă©colo et sauveuse de Fontainebleau. France Culture

  1. Fragment d’une lettre Ă©crite de Fontainebleau
  2. La ForĂŞt de Fontainebleau – George Sand – Impressions et souvenirs
  3. Comité de protection artistique de la forêt de Fontainebleau
  4. A Franchard, l’Ă©crivain et Alfred de Musset vivaient leur passion
    1. Fontainebleau : une poétique de la forêt romantique entre merveilleux, sacralisation et ironie
  5. Liens externes
  6. Voir aussi

Fragment d’une lettre Ă©crite de Fontainebleau

George Sand

Les Sept Cordes de la lyre

Michel Lévy frères, 1869 (p. 299-302).

Août 1837.

Me voilà encore une fois dans la forêt de Fontainebleau, seule avec mon fils, qui devient un grand garçon et dont pourtant je suis encore le cavalier plus qu’il n’est le mien. Nous nous risquons sur toute sorte de bêtes, ânes et chevaux plus ou moins civilisés, qui nous portent, sans se plaindre, de sept heures du matin à cinq ou six heures du soir au hasard de la fantaisie. Nous ne prenons pas de guide, et nous n’avons même pas un plan dans la poche. Il nous est indifférent de nous éloigner beaucoup, puisqu’il est difficile de se perdre dans une forêt semée d’écriteaux. Nous nous arrangeons pour ne rencontrer personne, en suivant les chemins les moins battus et en découvrant nous-mêmes les sites les moins fréquentés. Ce ne sont pas les moins beaux.

Tout est beau ici. D’abord les bois sont toujours beaux, dans tous les pays du monde, et, ici, ils sont jetĂ©s sur des mouvements de terrain toujours pittoresques quoique toujours praticables. Ce n’est pas un mince agrĂ©ment que de pouvoir grimper partout, mĂŞme Ă  cheval, et d’aller chercher les fleurs et les papillons lĂ  oĂą ils vous tentent.

Ces longues promenades, ces jours entiers au grand air sont toujours de mon goĂ»t, et cette profonde solitude, ce solennel silence Ă  quelques heures de Paris sont inapprĂ©ciables. Nous vivons d’un pain, d’un poulet froid et de quelques fruits que nous emportons avec les livres, les albums et les boĂ®tes Ă  insectes. Quelles noctuelles, quels bombyx endormis et comme collĂ©s sur l’écorce des arbres ! Quelles rĂ©coltes ! et quel plaisir de les Ă©taler le soir sur la table !

Nous ne connaissons personne Ă  la ville. Nous avons un petit appartement très-propre et très-commode dans un hĂ´tel qui est Ă  l’entrĂ©e de la forĂŞt, et dont l’hĂ´tesse, madame Duponceau, est une charmante hĂ´tesse. J’y travaille le soir quand mon garçon ronfle, et ce gros sommeil me rĂ©jouit l’oreille. Je ne sais pas trop, moi, quand je dors. Je n’y pense pas. Du reste je vis de la vie rationnelle pour le moment ; je vis dans les arbres, dans le soleil, dans les bruyères, dans le mouvement et le repos de la nature, dans l’instinct et le sentiment, dans mon fils surtout, qui se plaĂ®t Ă  cette vie-lĂ  autant que moi, et qui m’en fait jouir doublement.

Quelle belle chose que cette forĂŞt ! SĂ©nancour l’a bien dĂ©crite dans certaines pages oĂą il veut bien cĂ©der au charme qui s’empare de lui. Sa peinture large et bien tranchĂ©e est encore ce qui rĂ©sume le mieux certains aspects. Mais il ne rend pas justice, dans toutes ses lettres, Ă  ce beau lieu. Il le rapetisse comme s’il avait peur de le trop admirer. Il le voit Ă  travers son spleen. Il veut qu’on sache bien que ce n’est pas vaste et accidentĂ© comme la Suisse. Ă€ quel propos fait-il ce parallèle, je ne sais. Certes, en tant que montagnes, celles-ci ne sont pas des Alpes ; mais, en tant que bois charmants, les grands pins de la Suisse n’ont pas les qualitĂ©s propres Ă  la nature de notre forĂŞt, nature Ă  la fois mĂ©lancolique et riante, et qui ne ressemble qu’à elle-mĂŞme. On veut toujours comparer : c’est un tort qu’on se fait, c’est une guerre puĂ©rile Ă  sa propre puissance. Ce qui est beau d’une certaine façon n’est ni plus ni moins beau que ce qui est beau d’une manière toute diffĂ©rente. Pour moi, je passerais ma vie ici sans regretter la Suisse, et rĂ©ciproquement. LĂ  oĂą l’on se trouve bien, je ne comprends pas le besoin du mieux. Je ne sais pas si le proverbe est vrai d’une manière absolue. Je ne crois pas qu’il en ait la prĂ©tention, car les sentences sont toujours relatives. Mais, en fait de locomotion, de curiositĂ©, de jouissance personnelle, je croirais volontiers que le regret ou le dĂ©sir du mieux est un leurre de l’imagination malade. C’était bien le fait de SĂ©nancour. Obermann est un gĂ©nie malade. Je l’ai bien aimĂ©, je l’aime encore, ce livre Ă©trange, si admirablement mal fait ; mais j’aime encore mieux un bel arbre qui se porte bien.

Il faut de tout cela : des arbres bien portants et des livres malades, des choses luxuriantes et des esprits dĂ©solĂ©s. Il faut que ce qui ne pense pas demeure Ă©ternellement beau et jeune, pour prouver que la prospĂ©ritĂ© a ses lois absolues en dehors de nos lois relatives et factices, qui nous font vieux et laids avant l’heure. Il faut que ce qui pense souffre, pour prouver que nous vivons dans des conditions fausses, en dĂ©saccord avec nos vrais besoins et nos vrais instincts. Aussi, toutes ces choses magnifiques qui ne pensent pas donnent beaucoup Ă  penser.

George Sand

La Forêt de Fontainebleau – George SandImpressions et souvenirs

Le texte de George Sand, dont nous vous proposons ici la lecture, est extrait du recueil Impressions et souvenirs. PubliĂ© au dernier tiers du XIXe siècle , ce texte a pour autant des rĂ©sonances actuelles fortes notamment quant Ă  l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© de prĂ©server la nature. « Quelle conquĂŞte Ă  entreprendre pour l’homme, et je dis pour tout homme actuellement vivant ou Ă  naĂ®tre ! Entrer dans la nature, chercher l’oracle de la forĂŞt sacrĂ©e et rapporter le mot, ne fĂ»t-ce qu’un mot qui doit rĂ©pandre sur toute sa vie le charme profond de la possession de son ĂŞtre ! cela vaut bien la peine de conserver les temples d’oĂą cette divinitĂ© bienfaisante n’a pas encore Ă©tĂ© chassĂ©e ! Â» George Sand – alertĂ©e par une pĂ©tition d’artistes quant Ă  l’adjudication de lots de la forĂŞt de Fontainebleau aux bĂ©nĂ©fices de personnes privĂ©s – livre un texte puissant sur la propriĂ©tĂ©, particulièrement frappant dans l’extrait lu mais bien Ă©videmment aussi sur la prĂ©servation de l’environnement dont nous vous proposons deux passages ci-dessous :

« Mais la forĂŞt vierge va vite s’épuiser Ă  son tour. Si on n’y prend garde, l’arbre disparaĂ®tra et la fin de la planète viendra par dessèchement sans cataclysme nĂ©cessaire, par la faute de l’homme. N’en riez pas, ceux qui ont Ă©tudiĂ© la question n’y songent pas sans Ă©pouvante. Â»

« Le domaine de l’homme devient trop Ă©troit  pour ses agglomĂ©rations. Il faut qu’il l’étende, il faut que des populations Ă©migrent et cherchent le dĂ©sert. Tout va encore par ce moyen, la planète est encore assez vaste et assez riche pour le nombre de ses habitants ; mais il y a un grand pĂ©ril en la demeure, c’est que les appĂ©tits de l’homme sont devenus des besoins impĂ©rieux que rien n’enchaĂ®ne, et que si ces besoins besoins ne s’imposent pas, dans un temps donnĂ©, une certaine limite, il n’y aura plus de proportion entre la demande de l’homme et la production de la planète. Qui sait si les sociĂ©tĂ©s disparues, envahies par le dĂ©sert, qui sait si notre satellite que l’on dit vide d’habitants et privĂ© d’atmosphère, n’ont pas pĂ©ri par l’imprĂ©voyance des gĂ©nĂ©rations et l’épuisement des forces trop surexcitĂ©es de la nature ambiante ? Â»

Alors, George Sand, tristement visionnaire ? Si vous souhaitez lire le texte dans son intégralité, vous pouvez le consulter sur Gallica. Quant à nous, nous ne pouvons que vous inviter à rédécouvrir la plume de cette grande auteure à la bibliothèque.

Comité de protection artistique de la forêt de Fontainebleau

Source : http://www.hortalia.org/2019/01/25/foret-de-fontainebleau-george-sand/

A Franchard, l’Ă©crivain et Alfred de Musset vivaient leur passion
Barbizon : depuis deux siècles, le village préféré des poètes…

L’esprit, la vie amoureuse et l’oeuvre de George Sand ont Ă©tĂ© marquĂ©s par Fontainebleau et sa forĂŞt. Deux mois après le dĂ©but de leur relation fusionnelle, en 1833, Alfred de Musset lui propose de sĂ©journer Ă  Fontainebleau. Ils logent Ă  l’hĂ´tel Britannique, situĂ© au 108, rue de France ( NDLR : Il fut transformĂ© en hĂ´tel particulier par le peintre Alexandre Decamps en 1850), du 5 au 13 aoĂ»t 1833.

A cette occasion, les deux romantiques dĂ©cident d’aller se promener dans les gorges de Franchard, Ă  la pleine lune. Dans ce lieu va se dĂ©rouler une scène peu habituelle que George Sand dĂ©crira dans un roman autobiographique, paru en 1859 et intitulĂ© « Elle et lui Â». Alors que les amants sont sĂ©parĂ©s de quelques mètres, Alfred de Musset a une hallucination et pousse un cri effrayant. Il affirme avoir vu son double de façon hideuse.

De longs mois après ce partage romantique, alors qu’ils se dĂ©chirent, George Sand lui Ă©crit en 1835 : « Veux-tu que nous allions nous brĂ»ler la cervelle Ă  Franchard ? Â» Elle reviendra deux autres fois Ă  Fontainebleau. A l’Ă©tĂ© 1837, elle y sĂ©journe avec son autre amant, le comĂ©dien Bocage, toujours au 108, rue de France et sous un nom d’emprunt. Puis elle y est revenue du 20 au 23 mars 1856 avec son compagnon, le graveur Alexandre Manceau.

https://www.leparisien.fr/seine-et-marne-77/a-franchard-l-ecrivain-et-alfred-de-musset-vivaient-leur-passion-16-04-2016-5719231.php

Fontainebleau : une poétique de la forêt romantique entre merveilleux, sacralisation et ironie

S’il est un Ă©pisode fameux des amours de Musset qui fit couler beaucoup d’encre, c’est bien le rĂ©cit de son sĂ©jour auprès de George Sand dans les gorges de Franchard, au cĹ“ur de la forĂŞt de Fontainebleau qui reste le théâtre d’un moment de crise et d’acme de sa relation amoureuse naissante avec sa maĂ®tresse. Peu après le dĂ©but de leur liaison, les deux amants se rendent Ă  Fontainebleau oĂą ils sĂ©journeront du 5 au 13 aoĂ»t 1833. L’anecdote est cĂ©lèbre : une nuit, lors d’une promenade dans la forĂŞt, Musset est victime d’une hallucination et d’une crise suicidaire. Cependant, pour ĂŞtre illustre, cet Ă©pisode ne nous en est pas moins parvenu sous quatre versions diffĂ©rentes : celle de Musset dans La Confession d’un enfant du siècle, de Sand dans Elle et lui, de Paul de Musset dans Lui et elle et de Louise Colet dans Lui, chaque auteur ayant des raisons personnelles et littĂ©raires de respecter, de styliser ou de travestir la rĂ©alitĂ© biographique. Il s’agira d’envisager comment ces textes venus immortaliser un mĂŞme Ă©vĂ©nement jouent des clichĂ©s romantiques et des rĂ©fĂ©rences symboliques ordinairement liĂ©s Ă  la forĂŞt pour proposer une forme de sacralisation Ă©quivoque et ironique de la forĂŞt romantique par l’écriture.

Dans cette perspective, il conviendra de dégager les caractéristiques de l’imaginaire romantique à travers l’utilisation des lieux-communs propres à la forêt romantique et au merveilleux ainsi que les motifs mythologiques et chrétiens subvertis, avant de tenter de montrer comment la forêt romantique semble bien le théâtre d’un parcours initiatique : en effet, le paysage intérieur déborde de son cadre pour faire de la forêt le lieu d’une découverte de soi, l’espace d’une transition intérieure, le lieu d’une mort et d’une renaissance. Enfin, nous tenterons de montrer que les descriptions subjectives de la forêt proposent une forme de sacralisation du lieu en même temps qu’une réécriture ironique de l’espace réel, pour amorcer une forme de mise en abyme de l’acte d’écriture.

Article complet https://books.openedition.org/pub/18413?lang=fr

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