1950-1960 : L’agonie du Verbe ou la mutation orchestrée de la poésie​

​Par Gemini

  1. Introduction
  2. Années 50-60: L’agonie du Verbe ou la mutation orchestrée de la poésie
    1. 1. Le traumatisme de l’indicible
    2. 2. Une « mise au pas » institutionnelle
    3. 3. La « Guerre Froide Culturelle » : L’art comme arme de Soft Power
    4. 4. La migration du Sacré et la Contre-Culture​
    5. ​5. 1965 : Le symbole Olivier Larronde
  3. Conclusion

Introduction

​On a souvent dit que la poésie s’était éteinte avec les derniers feux du romantisme ou sous les décombres des avant-gardes. Pourtant, le véritable tournant — celui de sa marginalisation organisée — se joue au milieu du XXe siècle. Entre 1945 et 1965, la poésie n’a pas seulement décliné : elle a été débusquée de l’espace public par une convergence de forces inédites. Des bureaux de la CIA aux amphithéâtres de la Sorbonne, en passant par l’émergence de la société du spectacle, retour sur l’histoire d’une mutation orchestrée et sur le symbole d’une fin de règne : la disparition d’Olivier Larronde.

Années 50-60: L’agonie du Verbe ou la mutation orchestrée de la poésie

​Loin d’une simple érosion naturelle, la « disparition » de la poésie dans les années 50 et 60 semble être une mutation profonde, presque orchestrée, qui a redéfini notre rapport à l’art. Voici les piliers de cette analyse qui mêle esthétique, politique et stratégie de contrôle social.​

1. Le traumatisme de l’indicible

​Après 1945, la poésie affronte une crise de légitimité. Suivant le constat de Theodor Adorno (« Écrire un poème après Auschwitz est barbare »), le lyrisme traditionnel a paru dérisoire face à l’horreur des camps. Cela a engendré une poésie de la déconstruction, une « écriture blanche » (Bonnefoy, Jaccottet) qui, par honnêteté intellectuelle, s’est dépouillée de sa superbe, quitte à devenir plus aride et moins accessible.​

2. Une « mise au pas » institutionnelle

​Il y a eu, dans les années 60, une convergence d’intérêts pour neutraliser la puissance subversive du Verbe :​

L’institutionnalisation : En administrant la culture (création du Ministère en 1959), l’État a transformé l’élan poétique en objet de patrimoine ou de subvention, l’anesthésiant au passage.

​Le bastion académique : La poésie a quitté la rue pour se réfugier dans les universités. Sous l’influence du structuralisme, on a décrété « la mort de l’auteur ». Le poète n’est plus un mage, mais un technicien manipulant des signes. Cette intellectualisation à outrance a coupé la poésie de sa base populaire pour en faire un savoir complexe réservé aux initiés.​

3. La « Guerre Froide Culturelle » : L’art comme arme de Soft Power

​Au-delà des mutations sociologiques, une volonté politique a activement œuvré pour marginaliser le lyrisme :​

L’influence de la CIA : Via le Congress for Cultural Freedom, les services secrets américains ont massivement financé la promotion de l’art abstrait et conceptuel. L’objectif était de prouver la supériorité de la « liberté » occidentale face au réalisme socialiste soviétique.

​La neutralisation du sens : En poussant l’art vers le pur concept, on a vidé la poésie de sa charge émotionnelle et de sa puissance de mobilisation. Le poète, ainsi neutralisé, n’est plus un danger pour l’ordre établi.​

4. La migration du Sacré et la Contre-Culture​

La poésie n’est pas morte, elle s’est déplacée pour survivre :​

La chanson à texte : Dans un monde dominé par l’image, elle a trouvé refuge chez Brassens, Ferré ou Brel. Le « poète » est devenu un « auteur-compositeur-interprète », seul capable de maintenir le lien entre le verbe et le peuple.

​Le paradoxe de la révolte : La Beat Generation a redonné un souffle oral à la poésie, mais l’a déplacée vers la performance et la « révolution intérieure ». Ce mouvement, parfois observé par des programmes comme MK-Ultra (autour de l’usage des drogues), a contribué à transformer la contestation sociale en une exploration psychédélique moins menaçante.

​5. 1965 : Le symbole Olivier Larronde

​La mort d’Olivier Larronde en 1965 marque la fin physique de la lignée des « poètes-orfèvres ». Dernier héritier du « Grand Style » mallarméen et protégé de Cocteau, il incarnait cette figure du poète dont la vie et l’œuvre ne font qu’un.

Sa disparition signe le début de la « fin de l’art » : le passage d’une poésie habitée et incarnée à une ère de dispositifs théoriques, de désincarnation et d’ironie, souvent coupée de la tragédie humaine immédiate.​

Conclusion

​Cette synthèse montre que la « disparition » de la poésie n’était pas un accident, mais le résultat d’une pression conjointe de la modernité technologique, de la stratégie géopolitique et d’un basculement philosophique vers le conceptuel. Aujourd’hui, l’enjeu est de retrouver le chemin d’un Verbe à nouveau incarné parmi ces décombres.​

Laisser un commentaire