« Une explication orphique de la Terre »

« […] j’ai toujours rêvé et tenté autre chose, avec une patience d’alchimiste, prêt à y sacrifier toute vanité et toute satisfaction, comme on brûlait jadis son mobilier et les poutres de son toit, pour alimenter le fourneau du Grand Œuvre. Quoi ? c’est difficile à dire : un livre, tout bonnement, en maints tomes, un livre qui soit un livre, architectural et prémédité, et non un recueil des inspirations de hasard, fussent-elles merveilleuses… J’irai plus loin, je dirai : le Livre, persuadé qu’au fond il n’y en a qu’un, tenté à son insu par quiconque a écrit, même les Génies. L’explication orphique de la Terre, qui est le seul devoir du poète et le jeu littéraire par excellence : car le rythme même du livre, alors impersonnel et vivant, jusque dans sa pagination, se juxtapose aux équations de ce rêve, ou Ode. »

Orpheus de Odilon Redon

  1. Orphée
  2. Orphisme et prophétie chez les poètes français 1850-1950. Hugo – Nerval – Baudelaire – Mallarmé – Rimbaud – Valéry – Claudel.
  3. Mallarmé, Gauguin : « l’explication orphique de la Terre »
  4. Bouddhisme ch’an et voie orphique chez François Cheng
  5. Voir aussi

Orphée
La tête et la lyre d’Orphée rejetées par les vagues sur les rives de Lesbos, par Gustave Courtois (1875).

Orphée (en grec ancien Ὀρφεύς / Orpheús) est un héros de la mythologie grecque, fils du roi de Thrace Œagre et de la Muse Calliope. Poète et musicien, il était parfois considéré comme un prophète et a inspiré un mouvement religieux appelé « Orphisme », qui était lié aux pythagoriciens et aux mystères dionysiaques. Orphée a fait partie des Argonautes ; sa descente aux Enfers et son échec à ramener sa femme Eurydice dans le monde des vivants forment son mythe.

Si la plupart des auteurs antiques s’accordent sur l’existence historique d’Orphée, pour Aristote, Orphée n’a jamais été poète. Selon lui, l’auteur des hymnes orphiques se nomme Cercops. Orphée est évoqué dans un poème d’Ibycos, au VIIe siècle. La légende d’Orphée est liée à la religion des mystères ainsi qu’à une littérature sacrée ; il enseigna les initiations, et à s’abstenir des meurtres par l’instauration des expiations.

En savoir plus :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Orph%C3%A9e.

Voir aussi : Orphisme

Orphisme et prophétie chez les poètes français 1850-1950. Hugo – Nerval – Baudelaire – Mallarmé – Rimbaud – Valéry – Claudel.

Le Romantisme et le mythe d’Orphée [article]
https://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_1958_num_10_1_2128

Mallarmé et le mythe d’Orphée [article]
https://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_1970_num_22_1_958

Le mythe d’Orphée dans l’œuvre de Gérard de Nerval [article]
https://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_1970_num_22_1_957

Orphée (Paul Valéry)
https://fr.wikisource.org/…/Orph%C3%A9e_(Paul_Val%C3%A9ry)

Mallarmé, Gauguin : « l’explication orphique de la Terre »

Partant de la relation que nouent, plus étroitement qu’on ne l’a dit, Mallarmé et Gauguin, lors des mardis de la rue de Rome et dans le dialogue plus secret de leurs œuvres, cette étude montre comment Gauguin transpose en peinture la pensée de Mallarmé faisant du Livre « une explication orphique de la Terre », en repliant les théologies des anciens cultes sur celle, immanente, des Lettres et du Mythe, compris comme le foyer d’une anthropologie profane du Sacré. https://univ-paris8.hal.science/hal-03840800/

Bouddhisme ch’an et voie orphique chez François Cheng

Pour François Cheng, la poésie est le lieu du questionnement et de la célébration. Ainsi dans ses poèmes, à la confluence de deux cultures, s’entremêlent le sacré et le profane. Les anciennes traditions mystiques sont évoquées conjointement aux mythes poétiques. Et, à l’exemple de celle de Stéphane Mallarmé, sa poésie s’oriente parfois vers « l’explication orphique de la terre, qui est le seul devoir du poète et le jeu littéraire par excellence… »  Stéphane Mallarmé, « À Paris, novembre 1885 », Correspondances… L’auteur exprime la communion silencieuse des initiés orphiques ou mystiques, celle qui passe aussi par la qualité du silence, par son intensité et son intériorité.

L’espace d’une aube
Cédons
à l’invite du paysage
Où tout est donné
Rien n’est révélé
Vaincus par nous
par nous violés
Les êtres ne sont pas
Et pas plus qu’eux
Nous ne sommes
À l’invite du paysage
céderons-nous ?
Un appel nous rappelle
une attente nous attend
Un pas de plus vers l’accueil
vers l’in-vu
L’étang derrière la brume
Trois pins à flanc de colline
— depuis quand sont-ils là ? —
Se dévoilant d’un coup
Ils dévoilent la face
de l’initiale lumière
Qui nous déchire
L’espace d’une aube.  

https://www.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2007-2-page-177.htm

Voir aussi

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