Visions dans la forêt

VISIONS DANS LA FORÊT

DÉDIÉ A PLATON

J’étais dans la forêt, rêvant au pied d’un frêne :
Une femme passa, fière comme une reine.
« Qui donc es-tu, lui dis-je en lui prenant la main,
Toi que j’ai vue hier, que je verrai demain,
Tantôt sous les cyprès et tantôt sous les roses,
Tantôt triste ou joyeuse en tes métamorphoses ? »

D’une voix fraîche et claire elle me répondit :
« Je suis un ange errant qu’on aime et qu’on maudit
Depuis des jours sans fin que je parcours la terre,
Pour moi-même je suis un étrange mystère ;
Mais tu verras bientôt passer dans la forêt
Trois femmes qui toujours ont porté mon secret. »
Elle dit, et s’enfuit, plus vive et plus légère
Que la biche aux doux yeux qui court sous la fougère.

Je rêvais ; cependant sur le même chemin
Une femme apparut ; la neige et le carmin
Se disputaient l’éclat de sa jeune figure.
« Salut, toi qui souris, sois-moi d’un bon augure !
Femme, dis-moi ton nom. — Mon nom est dans ton cœur. »
Elle dit, et s’enfuit avec un air moqueur.

Une autre la suivit, pâle et contemplative,
« Et toi, qui donc es-tu ?  » Comme la sensitive
Qui craint d’être touchée, elle prit en passant
Un timide détour sous l’arbre jaunissant.
Mais je la poursuivis. « Qui donc es-tu, de grâce ?
Femme, dis-moi ton nom, ou je suivrai ta trace.
— Abeille du Très-Haut, je vais cherchant mon miel
Dans la mystique fleur que Dieu cultive au ciel. »

Une autre femme encor passa sous le vieux arbre.
En la voyant venir, je me sentis de marbre ;
Un hibou la suivait, un sinistre corbeau
Annonçait son passage ; une odeur de tombeau
S’exhalait de ses pas. « Ton nom ? — Je suis ta mère ;
Suis-moi, ferme ta bouche à toute source amère,
L’abîme où je descends n’est pas une prison ;
C’est le sombre chemin d’un plus grand horizon. »

Riantes visions et visions austères,
Fantômes éternels : La Vie et ses mystères !
L’AMOUR qui nous promène en ses mille Alhambras,
La FOI qui vers le ciel lève en priant ses bras,
La MORT qui nous guérit de la douleur de vivre
Et de l’Éternité nous vient ouvrir le livre.

ARSENE HOUSSAYE

Arsène Houssaye, pseudonyme d’Arsène Housset, né le 28 mars 1814 à Bruyères-et-Montbérault (Aisne) et mort le 26 février 1896 à Paris, est un homme de lettres français. Il est également connu sous le pseudonyme d’Alfred Mousse.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ars%C3%A8ne_Houssaye

Voir aussi :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :