Le Gros-Fouteau


Le Gros Fouteau. Gravure tirée du Guide d’Adolphe Joanne de 1867

La futaie du Gros Fouteau doit son nom à un hêtre si énorme qu’il mesurait plus de huit mètres de tour. Il était encore vivant à la fin du XVIIIe siècle et les gens « l’appelaient vulgairement le Pot à la graisse, parce qu’il avait une plaie d’où coulait continuellement une humeur végétale ressemblant à de la graisse. » (Jamin, 1837). Fouteau est un nom ancien, issu du latin fagus, et qui désigne le hêtre (fagus sylvatica), on disait aussi fayard, faux, fau, fou, faine, fène… (Dictionnaire de Trévoux). Olivier de Serres, agronome du XVIe siècle, mentionne dans son Théâtre d’Agriculture : les ormes, fresnes, fousteaux, erables. Aujourd’hui, le Gros Fouteau est constitué de deux parcelles (268 et 277) de 23 hectares, classé en réserve biologique intégrale depuis 1953. La route du Mont Chauvet, qui sépare les deux parcelles, fut ouverte en 1725. 

En savoir plus sur cette belle page bien documentée http://www.fontainebleau-photo.fr/2020/12/le-gros-fouteau.html

A la forêt de Fontainebleau (Théodore de Banville)

Ô forêt adorée encor, Fontainebleau !
Dis-moi, le gardes-tu sur le tronc d’un bouleau,
Ce nom que j’appelais mon espoir et mes forces,
Et que j’avais gravé partout dans tes écorces ?

Elle, enfant comme moi, nous allions, le matin,
Respirer les odeurs de verdure et de thym,
Et voir tes rochers gris s’éveiller dans la flamme.
Puis, quand se reposait celle qui fut mon âme,
Lorsque tes horizons brûlent, que, vers midi,
Le serpent taché d’or se relève engourdi,
Je contemplais, effroi d’une âme sérieuse,
Cette heure du soleil, blanche et mystérieuse !

N’est-ce pas, n’est-ce pas que vous étiez vivant,
Noir feuillage, immobile et triste sous le vent,
Comme une mer qu’un dieu rend docile à ses chaînes ?
Et vous, colosses fiers, arbres noueux, grands chênes,
Rien n’agitait vos fronts, par le temps centuplés !
Pourtant vos bras tordus et vos muscles gonflés,
Ces poses de lutteurs affamés de carnage
Que vous conserviez, même à cette heure où tout nage
Dans la vive lumière et l’atmosphère en feu,
Laissaient voir qu’autrefois, sous ce ciel vaste et bleu,
Vous aviez dû combattre, ô géants centenaires !
Au milieu des Titans vaincus par les tonnerres.

Et vous, rochers sans fin, suspendus et croulants,
Sur qui l’oiseau sautille, et qui, depuis mille ans,
Gardez, sans être las, vos effroyables poses,
La mousse et le lichen et les bruyères roses
Ont beau vivre sur vous comme un jardin en fleur,
Ne devine-t-on pas dans quelle âpre douleur
Un volcan souterrain, contre le jour qu’il brave,
Jadis vous a vomis avec un flot de lave !

Les sauvages buissons de mûres diaprés,
Aux rayons du soleil montraient leurs fruits pourprés.
A peine si parfois, parmi les branches hautes,
Un léger mouvement me révélait des hôtes ;
Et pourtant, si ma main, écartant leur fouillis,
Eût fait entrer le jour dans ces vivants taillis,
J’aurais vu s’y tapir dans les ombres fumeuses
L’épouvantable essaim des bêtes venimeuses !

Or, je disais devant ce spectacle divin :
Poëte, voile-toi pour le vulgaire vain !
Qu’il ne puisse à ta Muse enlever sa ceinture,
Et souris-leur, pareil à la grande Nature !
Sous ta sérénité cache aussi ton secret !
Réponds, ai-je tenu ma parole, ô forêt ?
Et n’ai-je pas rendu mon âme et mon visage
Silencieux et doux comme un beau paysage ?

Théodore de Banville (1823 – 1891)

Ce chêne est situé le long de la Route de la Tête à l’âne, parcelle 277, il a une circonférence de 480 cm de circonférence, ce qui indique un âge d’environ 480 ans. Un premier grand chêne portait ce nom au même endroit, baptisé ainsi par Denecourt en hommage à François-René de Chateaubriand (1768-1848), écrivain romantique et homme politique. En 1834, le poète et menuisier Alexis Durand conduisit Chateaubriand, pour une promenade en forêt à travers le gros Fouteau jusqu’à la fontaine du Mont Chauvet.

La Forêt (François-René de Chateaubriand)


François-René de Chateaubriand
Tableaux de la nature, 1784-1790.

Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !
Prestiges de mon cœur ! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons une douce tristesse :
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m’appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,
Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux !
Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;
Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D’autres vous rediront des amours étrangères ;
Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.

Portrait de Chateaubriand par Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson, Musée d’Histoire de la Ville et du Pays Malouin.

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