Jean-Pierre Lacloche

Jean-Pierre Lacloche, la muse d’Olivier Larronde (Anne Dunn)

Jean-Pierre Lacloche, éditeur : né à Paris le 28 janvier 1925 ; marié (un fils) ; décédé à Grealou, France le 16 juin 2006.

Cyril Connolly n’a jamais oublié sa première observation du jeune Jean-Pierre Lacloche à Londres en 1945, avec son inséparable compagnon le poète Olivier Larronde, tous deux d’une beauté incomparable – Jean-Pierre, sombre et grave, Olivier, chérubin, blond et tendre, incandescent de vie. Ils semblaient être un heureux augure de Paris, proclamant :

Le temps va ramener

L’ordre des anciens jours.

Ces jeunes visages français étaient un délice pour les fatigués de la guerre.

Ils ne manquèrent pas non plus d’admirateurs à Paris, car ils se lièrent d’amitié avec Christian Bérard, Jean Cocteau, Jean Genet et Peter Watson, l’ange de la revue Horizon, et furent accueillis dans les salons sophistiqués de Marie-Louise Bousquet, Marie-Laure de Noailles et Louise de Vilmorin.

Né à Paris en 1925, descendant de la famille de joailliers Lacloche Frères, Jean-Pierre Lacloche est emmené par sa mère américaine aux États-Unis au début de la Seconde Guerre mondiale et envoyé à l’Académie d’Exeter dans le New Hampshire. Toujours rebelle, lui et son jeune frère François fuient cette école d’élite et après un voyage ardu jusqu’à Halifax en Nouvelle-Écosse prennent un bateau pour Londres afin de rejoindre l’Armée française libre.

En 1945, Lacloche rencontre Olivier Larronde, de deux ans son cadet, et ce jeune couple extraordinaire devient essentiel l’un pour l’autre, Larronde, le poète précoce et brillant, dépendant de Lacloche, qui sera à la fois la muse de Larronde et son protecteur.

Après la publication des Barricades mystérieuses (1946) de Larronde, les deux compagnons voyagent en Égypte et en Afrique du Nord et s’installent pendant un certain temps sur une île de la Seine au pied du château Gaillard, passant leurs étés sur le bassin d’Arcachon dans le sud-ouest de la France, où ils furent rejoints par les danseurs Jean Babilée (célèbre pour son rôle dans Le Jeune homme et la mort de Roland Petit, 1946) et Nathalie Phillippart et leurs charmantes familles. Ces jours heureux se sont terminés avec Larronde souffrant d’épilepsie. De manière inquiétante, l’opium s’est avéré être la thérapie.

Lacloche et Larronde se retirèrent dans un appartement à Paris, de hautes pièces lourdes de tentures noires excluant toute lumière du jour, un nouveau pays inventé par Lacloche pour nourrir le poète, un paysage de meubles étranges et exotiques, un vaste lit chinois sur lequel se reposer, des ouistitis gazouillant des lambrequins, seuls les amis proches étaient autorisés à entrer.

Alberto Giacometti a fourni 30 dessins pour le deuxième recueil de poèmes de Larronde, Rien voilà l’ordre (1959). Pendant ce temps, Lacloche poursuivait ses études obscures sur la littérature et la science élisabéthaines, en s’intéressant aux recherches occultes et alchimiques du mage de la Renaissance John Dee. Il reçut fréquemment la visite d’André Malraux et d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie, propriétaire du journal Libération, tous deux admirateurs de son sens politique et de son érudition.

Mais peu à peu, les deux vies se sont éloignées alors que Larronde, de plus en plus dépendant de l’alcool, fréquentait les bars et les cafés tandis que Lacloche se lançait dans une vie plus mondaine. Olivier décède subitement en octobre 1965, à l’âge de 38 ans. Désespéré, Lacloche vivra pour superviser la publication posthume de L’Arbre à lettres (1966) et pour monter une garde féroce sur l’œuvre de Larronde.

Confronté à son propre problème d’alcool, il s’installe dans le Lot, où il trouve enfin le contentement dans la vie rurale, dans ses livres et avec sa femme bien-aimée, Vera. En dernier hommage à Larronde, il a édité (avec Patrick Mauriès) L’Ivraie en ordre : poèmes et textes retrouvés (2002), un extraordinaire recueil de poèmes inédits, brouillons, notes marginales, fragments et photographies qui complète les Œuvres poétiques complètes parues la même année, préfacées par un bref mémoire de Lacloche. Ainsi la muse récompensa généreusement le poète.

Jean-Pierre Lacloche laisse dans le deuil un fils, Olivier Massart, et sera inhumé aux côtés d’Olivier Larronde, et à proximité de la tombe de Stéphane Mallarmé, dans le petit cimetière de Valins près de Fontainebleau.

Anne Dunn

Source : https://www.independent.co.uk/news/obituaries/jeanpierre-lacloche-6096616.html

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