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Mais les lit, les écoute t-on ?
Fréjus Ahononga non reconnu ne veut pas dire non lu ni non écouté. Mais il faut mieux tenter de commencer par clarifier le mot – clef de « législateur ».
Michaël Vinson … oui, mais je crois qu’il faut être lu pour pouvoir « légiférer »… Comment le poète est-il législateur, s’il n’est pas lu ? Ou peut-être a-t-il une autre façon de « légiférer » ?
Il est vrai que j’ai pensé au sens du mot législateur, sans l’avoir bien compris, je m’en doute. Cependant je crois que non lu il n’a pas vraiment, le poète, d’effet sur le monde… A moins que je me trompe… Il est aussi possible que le poète soit lu, mais jamais suffisamment…
Michaël
Quand vous dites que » vous avez pensé au sens du mot législateur sans l’avoir bien compris », vous dites ici une chose importante, à savoir que nous ne réfléchissons pas assez au sens des mots dans une proposition. Or un mot peut avoir un sens différent, non seulement au cours de son histoire, mais aussi pour une époque donnée selon les différentes interprétations qu’on peut lui donner. Ainsi par exemple le mot « poète » peut revêtir différentes significations. Voir cette page Poète.
Le deuxième, et qui est le mot-clef de cette affrirmation est celui de « législateur ». Voyons donc un peu son étymologie :
du latin legislator, celui qui propose une loi, législateur, mot constitué de lex, legis, loi, et de lator, celui qui porte, porteur.
Le législateur est :
- une personne qui légifère, qui fait partie d’une assemblée législative, qui fait des lois, ou la loi au sens général, qui donne des lois à un peuple, à une civilisation.
Exemple : un député, Moïse pour les tables de la loi. - de manière collective ou abstraite, l’autorité ou l’organe qui a le pouvoir de légiférer, d’édicter les normes de droit.
Exemple : le Parlement - par analogie et dans un registre littéraire, une personne qui fixe les règles, les principes dans un domaine particulier : artistique, scientifique, etc.
Exemple : « Cependant Kepler, surnommé, avec raison, le législateur de l’astronomie, avait eu à peu près ces mêmes idées avant Newton. Il disait que le soleil, en tournant sur lui-même, attirait à lui les planètes […] » (Jacques-Henri-Bernardin de Saint-Pierre – 1737-1814 – Harmonies de la nature, 1796)
Nous pouvons donc dire autrement l’affirmation de Shelley :
Les poètes sont ceux qui fixent les règles, les principes
En matière de morale, la loi est l’ensemble des règles de comportement que tout individu conscient et raisonnable est censé observer.
« Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse être érigée en loi morale universelle. » Emmanuel Kant (1724-1804), Critique de la raison pratique, 1788
On peut dire dès lors que le poète est celui qui propose une « lecture du monde », qui le rend intellegible au point de permettre à l’homme de dégager une morale de l’action. Il est celui qui travaille à donner du sens à la vie. Voilà pourquoi – compris au sens d’interprète des dieux – il a touours été le personnage le plus important de la cité, jusqu’à aujourd’hui où il n’est plus rien, et où c’est ainsi la société dans son ensemble qui n’est plus rien, qui n’a plus de morale de l’action, qui ne sait plus où elle va, ballotée par des forces négatives qui lui échappent complètement et face auxquelles elle est totalement désarmée. Car privée du pouvoir de la poésie.
Après vous dites : oui, mais je crois qu’il faut être lu pour pouvoir « légiférer »… Comment le poète est-il législateur, s’il n’est pas lu ? Ou peut-être a-t-il une autre façon de « légiférer » ?
A cela, j’ai déjà quelque peu répondu en disant que le poète proposait une « lecture du monde », soit travaillait à le rendre intellegible. A partir de là, qu’importe qu’il soit lu. Cela n’empêche ni n’influence en rien le travail du poète. De grands poètes, comme Mallarmé ou Valery ne se souciaient pas d’être lus, – sachant de toute facon que très peu pouvaient comprendre la sublité de leur art – et même, bien plutôt, rechignaient à être publiés. Aurement dit, un poème n’a pas besoin d’un lecteur pour exister. De même qu’un poète ne devrait pas écrire pour être compris mais pour dégager une lecture du monde qui lui est propre et qui doit cependant tendre vers un universel. Puique le poète, malgré l’image d’Epinal de rêveur qui lui est accolée, est celui qui travaille par excellence sur le réel. On peut même dire qu’il travaille le réel lui-même. Il en dégage les lois. Il le transforme. Il est un créateur qui fait advenir de nouvelles réalités.
Et enfin, il est non-reconnu.
A suivre….